Cinquième anniversaire de la révolution

À l’approche du cinquième anniversaire de la révolution du 25 janvier 2011, le gouvernement égyptien a pris des mesures fortes. Le site d’informations Egyptian Streets fait état d’arrestations d’activistes politiques appartenant au April 6 Youth Movementet au Bedaya Movement, très actifs lors de la révolution de 2011. Selon le ministère de l’Intérieur, près de 5000 fouilles ont été conduites par la police dans le centre-ville du Caire où se trouve la place Tahrir. Plusieurs espaces culturels et salles de spectacles ont également été fermés ces dernières semaines en centre-ville. Le 16 février, leTownhouse, un espace culturel d’art contemporain, a rouvert ses portes après 49 jours de fermeture imposée. Le gouvernement fait ainsi pression sur les militants politiques et tente de sécuriser le quartier en prévention de potentiels débordements à l’occasion du 25 janvier.

Vendredi 22 janvier au soir, une douzaine de tanks se sont déployés place Tahrir pour prêter main forte à la police, une première depuis 2011 selon le Daily News Egypt. Des check-points ont été érigés autour de la place. La station de métro Sadat est restée fermée jusqu’à la fin du mois (28 janvier). Cependant, l’accès routier à la place n’a pas été bloqué, les portes de la rue Qasr al-Ainy étant restées ouvertes. Des mesures de sécurité similaires ont été prises dans de nombreuses villes égyptiennes.

Des hôpitaux se sont déclarés en état d’urgence au Caire et dans le gouvernorat de Fayoum en prévision de possibles heurts. L’année passée pour le quatrième anniversaire de la révolution, 16 personnes avaient été tuées, 38 blessées et au moins 150 individus arrêtés dans les différents gouvernorats du pays.

Cette année, deux policiers ont été tués par des tireurs en moto près de la ville de Fakous dans la province de Sharkiya dans le delta du Nil. En dehors de cet incident, la journée s’est déroulée dans le calme.

Espaces publics : l’obsession Tahrir

Cette répression préventive, ainsi que le déploiement d’importantes forces armées sur la place Tahrir, traduisent l’obsession du lieu pour les autorités comme pour les Égyptiens. Théâtre de la révolution de 2011, l’histoire de midan al Tahrir est truffée de symboles, notamment de la révolution, que le gouvernement n’a de cesse de faire disparaître, à l’image des graffitis insurrectionnels présents dans l’espace public autour de Tahrir. Le dernier symbole que les autorités ont attaqué est le piédestal vide trônant au centre de la place. Censé accueillir la statue du Khédive Ismail, planificateur du quartier au XIXème siècle, ce soclevide symbolise l’échec de la monarchie renversée par les Officiers Libres (en 1952) jusque dans les années 1980. En 2013, le gouvernement de Mohamed Morsi édifie à cet emplacement un monument commémorant les victimes de la rue Mohamed Mahmoud. Détruit dans les 24h qui suivent, le centre de la place demeure vide jusqu’à fin janvier 2014. À cette date, les autorités érigent un gigantesque drapeau égyptien, devant symboliser l’union nationale. La neutralité de cet acte peut être perçue comme l’aveu du gouvernement de son incapacité à imposer sa version de l’histoire de la place.

Dans l’effort de reprendre le contrôle de l’espace public aux alentours de Tahrir, des travaux de rénovations ont été faits (principalement des ravalements de façades) traduisant le désir des autorités de redessiner le quartier et de lui donner une nouvelle fonction. Selon SohairHawas, l’objectif d’une telle planification est d’en faire un espace neutre et plus facilement sécurisable.

Habitat et planification

Trois semaines après la conférence « Egypt Mega Project » et l’annonce de la construction d’un million de logements pour les plus démunis pour lutter contre les bidonvilles et les habitations informelles, le Ministre du logement, Mustafa Madbouly, a annoncé, le 3 janvier dernier, un nouveau plan pour résoudre la crise du logement urbain. Trois millions et demi de dollars (30 milliards LE) ont été débloqués pour ces projets.

Cette annonce intervient alors qu’un million de cairotes habitent dans des logements « informels » et que 800 000 à 1,6 million de personnes vivraient dans des bâtiments condamnés. Entre 500 000 et 600 000 habitations par an doivent être construites pour répondre à la demande de logement des égyptiens. Les conditions de vie déplorables entraînent chaque année plusieurs centaines de morts. Entre 2012 et 2013 pas moins de 392 bâtiments se sont effondrés, entrainant la mort de 192 personnes. Ce mois-ci, cinq personnes ont déjà trouvé la mort dans l’affaissement de leur habitation. Cette situation sociale est le résultat d’un laisser-faire des autorités et d’une politique néo-libérale. En 2005, Hosni Moubarak avait déjà annoncé la construction de 500 000 habitations abordables pour les personnes à faibles revenus. Le projet n’avait pas abouti. Idem en 2011 avec le plan annoncé par le Conseil Suprême des Forces Armés. Le dernier projet de logements, lancé en 2014, ne semble pas donner de résultats concluants.

La question du logement accessible aux classes sociales les moins aisées est centrale dans un pays de 90 millions d’habitants, en passe d’en compter 120 millions en 2050. La taxe imaginée par le gouvernement pour soutenir la création de logement à faible loyer n’est guère efficace. Quant aux villes nouvelles construites en périphérie du Caire, elles sont largement inhabitées, du fait de la difficulté d’accès et du manque d’infrastructures (eau, électricité, routes), et s’adresse principalement à des personnes de la classe moyenne. L’article du site d’informations Mada Masr ne fait pas mention des logements vacants. Ils représentaient pourtant 30% du parc immobilier national, soit 1,5 million d’appartements en 2013.

Nouvelle capitale

Le 27 janvier, Mostafa Madbouly, a signé un mémorandum d’accord avec le CREC (China Railway Engineering Corporation) pour la construction d’un parc olympique et de six bâtiments gouvernementaux dans la nouvelle capitale administrative. Le document stipule la participation du gouvernement égyptien à la hauteur de 15% dans ce projet. Cette annonce succède à celle faite deux jours auparavant par Mohamed Alabbar précisant la non participation de Capital City Partner au projet de nouvelle capitale administrative. Le gouvernement a annulé le memorandum préalablement signé avec l’entreprise pour « manque de progrès ».

La première phase de construction de la nouvelle capitale administrative devrait créer 1,5 million d’emplois selon le dirigeant d’Arab Contractors, Mohsen Salah. Les emplois à pourvoir devraient principalement concerner le secteur de la construction et du bâtiment. Le projet est porté par une alliance sino-égyptienne comprenant Arab Contractors, Petroleum Projects, Technical Consultations Company et China State Construction Engineering Corporation.

Patrimoine

Dimanche 24 janvier, quatre bâtiments médiévaux du Caire Islamique ont été inaugurés rue Al-Khalifa. La rénovation de ces mosquées et sanctuaires, effectuée par l’American Research Center (ARC) a duré un an et coûté 116 millions de dollars. Parmi ces bâtiments, le Dôme de Shagar al-Durr (“Forêt de perles”) a été restauré à l’initiative de Athar Lina (“le monument est à nous”) et avec l’aide de l’ARC. Athar Lina espère que la restauration attirera l’attention du Gouvernorat du Caire et du Ministère des Antiquités sur le patrimoine menacé du Caire. C’est également un moyen pour les initiateurs du projet deréintégrer le patrimoine dans la vie sociale de la communauté. Il est regrettable que pour le Ministre des antiquités, MamdouhEldamaty, présent à l’inauguration, cette rénovation soit seulement une voie de promotion du tourisme. Cette divergence d’interprétations illustre bien les préoccupations opposées de la société civile et des autorités.

Début février, une vidéo devenue virale, a révélé l’existence d’un commerce de morceaux de pyramides. Publiée par le site Dot Masr, elle montre la vente d’une pierre censée provenir des pyramides de Gizah pour la somme de 300 livres égyptiennes (38 dollars). Le Ministre de l’Intérieur a annoncé dans la foulée l’arrestation de trois suspects qui ont confessé casser et vendre des morceaux de pyramides. La semaine précédente, ce sont les photos d’un touriste allemand escaladant les pyramides qui avait fait le buzz sur le net égyptien. Suite à ces affaires, la démission du Ministre des Antiquités a été demandée sur les réseaux sociaux.

L’AFP a relayé la découverte d’un bateau de l’ancienne Egypte par des archéologues tchèques, à proximité des pyramides d’Abousir au Sud du Caire. D’après les archéologues, ce type d’embarcation de 18 mètres de long était réservé à l’élite royale, ce qui rend la découverte remarquable. La barque daterait de la fin de la troisième dynastie ou du début de la quatrième et sa très bonne conservation devrait permettre de faire avancer la connaissance de l’Egypte Ancienne.

Transports

La phase initiale du projet de taxi fluvial sur le Nil, conçu pour désengorger les rues du Caire congestionnées par le trafic automobile, devrait être lancée cette année. Le projet rencontre des blocages administratifs importants, car il exige la coopération de différents ministères (Santé, Archéologie, Tourisme, Défense, Intérieur et Transports, Irrigation, Environnement). Ce sont également auprès de ces ministères que les investisseurs doivent obtenir les 18 permis nécessaires à la présentation de leur projet. Il va sans dire que cette lourdeur administrative décourage les prétendants au financement du projet.

Le second frein à la réalisation du projet provient de la rentabilité du projet. Pour être profitable, le trajet pourrait coûter jusqu’à 50 livres égyptiennes (5,5 euros) ce qui réduirait considérablement le nombre de personnes pouvant s’offrir un tel moyen de transport. Le prix final, n’a pas encore été fixé selon l’Autorité du transport fluvial. Cependant, un prix élevé réduirait considérablement l’impact du projet sur le trafic automobile. Par ailleurs, pour être efficace, la réalisation de ce projet nécessitera l’aménagement de stations sur les berges du Nil, positionnées à proximité d’autres transports en communs et de parkings.

Fin février, le Ministre des transports a annoncé que le lancement de la première phase du projet de taxi fluvial sur le Nil devrait débuter avec l’octroie de trois licences vendue 480 000 LE. Selon Magdy Ghali, président de Nile Taxi, le prix de la licence est élevé mais doit permettre d’augmenter les capacités des taxis (de 75 à 120 sièges) et de couvrir la zone comprenant les sept ponts du Nile de la région du Grand Caire.

Le porte-parole du Ministère des transports a annoncé jeudi 18 février l’augmentation du prix du ticket de métro. En doublant le prix du ticket, qui passera donc à 2 LE, le ministère espère combler une partie des pertes annuelles engendrées par le métro qui approcheraient les 250 millions de Livres Egyptiennes (soit environs 32 millions de dollars). La mesure ne devrait pas concerner les étudiants, les personnes en situation de handicap et les personnes à faible revenu. Selon Al Ahram la mesure devrait être mise en application d’ici juin 2016.

Suite à l’appel d’offre lancé au dernier trimestre 2015, l’offre technique du groupe Nippon Koei a été accepté par l’Autorité national des tunnels. Le groupe, seul candidat à s’être présenté, sera en charge de l’aspect technique de la 4ème ligne de métro au Caire. C’est également une entreprise japonaise, JICA (Japan International Cooperation Agency), qui devrait financer les études de faisabilités des cinquième et sixième lignes de métro au Caire.

M. P.